Open Data : un mouvement aux mains des décideurs locaux à l’origine d’une asymétrie territoriale

Cette cartographie, est en fait une mise à jour d’une carte réalisée pour appuyer un travail de recherche effectué en 2015 sous la direction de Frédérick Douzet, Professeure des Universités à l’Institut Français de Géopolitique de l’Université Paris 8, titulaire de la Chaire Castex de cyberstratégie (cyberstrategie.org) et membre du comité de rédaction de la revue Hérodote.

Ce travail est consultable via le lien suivant :

Approche géopolitique de l’Open Data. Les représentations géopolitiques de l’Open data et leurs impacts sur la conquête d’une souveraineté numérique française.

L’ouverture des données est véritablement morcelée en fonction des territoires, car elle est le fait des volontés des décideurs locaux. S’il existe en effet une politique nationale d’ouverture, il n’en reste pas moins, que celle-ci dépend des acteurs locaux et de leur connaissance ou non du phénomène Open data, de leur connaissance et de leur culture de la donnée. On peut d’ores-et-déjà souligner que c’est ici une spécificité de l’Open data à la française : le mouvement fut en effet initié avant tout par les collectivités territoriales, les grandes villes et agglomérations : au regard notamment des Rennes et Paris qui se sont lancées dans la création de plateformes Open data avant même que la mission Etalab ne le fasse pour à l’échelle nationale. Il semblerait bien que les lois de décentralisation et l’importance du rôle des collectivités territoriales soient à l’origine de cette asymétrie et cela paraît d’autant plus logique qu’ « un grand nombre des services publics (les transports, les crèches et écoles, la gestion des déchets, etc.) sont gérés à cet échelon territorial »1. et que la clause générale de compétence permet justement aux collectivités d’agir sur les politiques en dehors du champ de compétences attribuées par l’Etat. Elle permet aussi à nos élus locaux d’intervenir sur tous les sujets sur lesquels ils pensent pouvoir apporter une valeur ajoutée et l’Open data en fait partie. Les ouvertures de données publiques ne se sont pas faites et ne se font pas toujours sur le même modèle : alors que l’ouverture des données publiques à Rennes est le fait avant tout des communicants, en charges de la communication de l’administration rennaise, celle de Nantes fut poussée par l’association LiberTIC, qui avait été créée pour assurer la promotion de l’e-démocratie via l’ouverture des données publiques. Claire Gallon de l’association soulignait, qu’au départ, ils n’étaient pas entendus par les pouvoirs publics, et que si ces derniers se sont emparés du sujet, ce n’est qu’après avoir la publication d’une pétition dans le journal Ouest France qui poussa le cabinet du maire à annoncer sont intérêt pour le mouvement Open data dans le cadre de l’ouverture de la Cantine nantaise, qui fut inaugurée en février 2012. Claire Gallon soulignait bien le rôle de la stratégie politique dans l’appropriation du phénomène Open data par les pouvoirs publics. Ces derniers saisissent une opportunité qui colle avec le projet d’inauguration d’un haut lieu du numérique nantais, au moment même où le mouvement trouve écho dans la presse locale. Il est important de souligner que si l’Open data prend racine a certains endroits, c’est que des projets se recroisent. Ainsi, alors qu’à Poitiers et Tours, des pétitions avaient vu le jour, elles n’avaient trouvé aucun écho. Ce que révèle la carte de l’Open data en France, c’est aussi que le millefeuille administratif français se reproduit : des données sont ouvertes à différentes échelles, locales, nationales, européennes, etc. et sont répertoriées sur une multiplicité de plateformes.  Le millefeuille à la Française est  reconstitué pour les données au détriment d’une logique plus rationnelle.

Cela peut s’expliquer par la vision de la République qui prévaut dans notre société, qui est celle d’un Etat associé aux collectivités, avec une relative autonomie. Qui plus est il existe une véritable logique de communication (l’Open data étant une occasion unique de communiquer sur le travail de l’administration) qui semble prendre le dessus en matière d’ouverture des données publiques. Cette logique ne s’avère pas contre-productive dans la mesure où ces ouvertures de données sont ensuite fédérées par référencement des sites sur data.gouv.fr qui fait office de moteur de référencement. Même s’il existe en effet une diversité de plateformes, il n’en reste pas moins que celles-ci sont référencées ou sont amenées à être référencées sur data.gouv.fr. Sans que cela vienne compromettre le contrôle du détenteur sur ses données. Ainsi, pour une collectivité, mettre ses informations à disposition en les faisant référencer sur la plateforme nationale ne peut pas être apparenté à une perte de pouvoir, une perte de contrôle sur les données en question. Le problème est ailleurs :  lorsque l’on souhaite que certains jeux de données deviennent nationaux pour être véritablement intéressants. Aujourd’hui il manque encore une impulsion qui permette cela. C’est ce qui fait que l’Open data en France est un gruyère, une matrice à trou. On peut avoir les mêmes données ouvertes pour Bordeaux, Nantes, Paris, etc. Mais il nous manquera les données de telle ville pour pouvoir créer des jeux au niveau national. Il faut donc continuer à impulser les initiatives d’ouverture. Il faut fabriquer des standards, pour mettre en route le cercle vertueux de la libération des données.

 

Puisque l’ouverture est une décision locale, il semble que les modifications apportées par la réforme territoriale ont impacté  les démarches d’ouverture. Ainsi la fusion de certaines régions a permis d’harmoniser l’ouverture sur l’ensemble du territoire régional comme la comparaison entre la carte de 2015 et celle de 2017 en témoigne.

france-open-data

 

 

  1. Simon Chignard, Open Data. Comprendre l’ouverture des données publiques, 2012, Fyp, p.104.
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