Open Data & Soft Power

 

De l’Open Data à l’Open Government : la volonté française d’imposer sa voix malgré un leadership anglo-saxon

Force est de constater qu’en matière d’Open data, les Américains, et surtout les Britanniques sont en charge. Les prétentions internationales des institutions britanniques et leur présence dans une grande partie du globe témoignent d’un leadership assumé. Mais ces institutions deviennent aujourd’hui des caisses de résonnance pour le discours français en matière d’utilisation des données et de gouvernance ouverte : offrant l’occasion aux acteurs de l’Open Data français, de proposer des solutions en matière de gouvernance, qui, reflète la vision française du mouvement d’ouverture des données qui met les biens communs, et les liens entre le public et privé au cœur de ce nouveau modèle de gouvernance.

Open Data & Soft Power

Comme la carte présentée ci-dessus en témoigne, un acteur a pris le leadership, sur la scène européenne et internationale, du mouvement d’ouverture des données publiques, et du mouvement en faveur de la gouvernance ouverte : la Grande-Bretagne qui est en matière de soft power en avance sur les Etats-Unis, qui sont loin d’avoir accompli ce que le Royaume-Uni a mis en place. En effet, dès 2011, se dessine une offensive britannique, qui s’apparente à une démonstration de soft power bien ficelée, et qui place aujourd’hui le Royaume-Uni, comme la première puissance en matière d’ouverture. Simon Chignard, soulignait qu’il s’agissait là d’une façon de faire passer leurs valeurs par le biais de la donnée.

3 organismes piliers de cette influence mondiale :

David Cameron, Premier ministre britannique, est le premier à mettre l’Open data à l’agenda du G8. Il déploya une stratégie qui se fondait sur 3 organismes membre de l’Uk Transparancy Board présidé par un conseiller du Premier ministre, et une dizaine d’autres personnes qui dirigent ces 3 organismes en question: l’Open knowledge Foundation dirigé par Rufus Pollock, l’Open Data Institute dirigé par Sir Tim Berners-Lee, et le Partnership for Open Data, regroupant les deux organismes précédemment cités et la Banque mondiale.

Il faut bien voir que dès le départ, ces 3 organismes ont un agenda international car ils se veulent des outils de soft power. Et on peut dire de bons outils de soft power puisqu’ils sont aujourd’hui les maîtres du jeu en matière d’Open data du fait de stratégie internationale. L’un des points fort du déploiement de ces organismes est leur capacité à jouer avec les codes diplomatiques : ainsi la notion de « nods », c’est-à-dire de nœuds de l’Open Data Institute, tout comme la notion de chapitre de l’Open Knowledge Foundation témoignent de l’ambition de ces organismes, d’avoir dès le départ, des relais dans le monde. Qui plus est Le noeud de Paris se présente comme l’ambassade de l’ODI. Ainsi l’ODI possède des « nœuds » à Paris, Moscou, Athènes, Philadelphie, etc., tandis que l’OKF est aujourd’hui présente dans 46 pays.

Les Outils du soft power : 

Si on ne reviendra pas sur l’ensemble des initiatives développé par ces institutions pour favoriser le développement de l’Open data et l’Open government, il est primordial de mettre en lumière « le formidable outil de soft power qu’est l’Open data index publié en 2011- 2012, qui induit, non pas une logique de classement, mais de benchmark »(1). Le fait est que le classement est basé sur ce qui est déjà ouvert au Royaume-Uni : au travers de 10 jeux de données qu’on compare au niveau nationale selon différentes critères. Si la France était classée troisième lors du dernier classement paru en 2014, cela signifie qu’on répond aux critères imposés par les Britanniques. Et il n’est pas anodin de le préciser, puisque qu’on peut prendre l’exemple de la base nationale adresse française, qui ne correspond pas aux critères de l’index, alors que c’est un domaine dans lequel la France est en avance. Si l’outil en lui-même, possède des défauts, il permet néanmoins de se situer par rapports aux autres pays, aux autres localités. Et n’en reste pas moins un indicateur primordial aujourd’hui, puisqu’il permet notamment aux gouvernements de communiquer sur l’avancement des démarches d’ouverture, ce qui est essentiel dans le contexte où les retombées en matière d’ouverture sont si difficiles à mesurer. Ces organismes ont une influence d’autant plus importante qu’ils ont formé un nouveau partenariat avec la Banque mondiale. Ce Partnership for Open Data est une fondation qui chercher à diffuser la bonne parole en matière d’Open data dans les pays en développement. On peut notamment citer son action en faveur de l’ouverture des données publiques au Burkina Faso. On se doit de souligner l’élargissement des notions de gouvernances, et surtout le fait que l’aide au développement est maintenant conditionnée à la mise en place de meilleures pratiques démocratiques, d’ouverture, selon l’idée qu’il faut un gouvernement ouvert pour soutenir l’économie. La Banque mondiale et le FMI sont aujourd’hui d’importants soutiens pour le gouvernement ouvert, et l’ouverture des données publiques. Enfin, le gouvernement britannique fait parti des huit pays qui ont fondé, le 20 septembre 2011, l’Open Government Partnership, avec les Etats-Unis, le Brésil, l’Indonésie, la Norvège, les Philippines, le Mexique et l’Afrique du Sud. Il s’agit d’une organisation internationale qui regroupe 75 pays et qui a pour but la promotion du gouvernement ouvert et l’ouverture des données publiques. C’est une démarche inspirée du projet de gouvernement ouvert, l’Open Government Initiative, portée par l’administration Obama à partir de 2009. L’OGP en est en fait l’extension puisque le président Obama est à l’origine de son lancement. On peut ici voir transparaître la représentation de la Destinée manifeste américaine (Manifest Destiny). L’organisation fonctionne de façon collégiale : son comité directeur est en effet composé de 11 représentants gouvernementaux, et de 11 représentants provenant de la société civile qui sont renouvelés chaque année via élections. Ce comité est en charge de l’élection du pays qui préside l’organisation pour une durée de un an, avec le soutien d’un co-président, qui succèdera à la présidence l’année suivante. Les représentants du pays président et du pays coprésident forment alors le comité exécutif de l’organisation. Si à l’heure actuelle, c’est le Mexique qui assure la présidence de l’OGP, l’Afrique du Sud, qui assure actuellement la coprésidence, prendra sa place en octobre 2015, et la France assurera la co-présidence jusqu’en octobre 2016, moment où elle prendra la présidence de l’organisation, jusqu’en 2017. Ce qui représente une opportunité majeure pour la mission Etalab en charge du mouvement Open Data et le gouvernement, en vue d’avancer un modèle particulier de gouvernance ouverte.

C’est deux exemples viennent mettre en lumière l’intérêt des biens communs, et par extension du gouvernement plateforme, qui sera le modèle de gouvernance proposé par les représentants français lors de la présidence de l’Open Government Partnership.

La France à la volonté de porter une voie différente à l’OGP et  peut faire figure de modèle. Elle était d’ailleurs la première à développer un portail sur lequel les citoyens pouvaient participer. Pour Henri Verdier, administrateur Général des données ; directeur de la mission Etalab, un récit politique est né, et il pourrait peut être avoir des impacts à l’international (2).

Un danger pour notre souveraineté numérique ? 

Notre nouvelle économie tournée vers la donnée – qui voit les plateformes d’intermédiation s’ériger au rang de modèle économique dominant – bouscule la notion de souveraineté, comme elle le fut et l’est encore par la multiplication des délégations de service. L’ouverture des données de l’administration, est d’ailleurs un moyen de redonner la maîtrise et la compréhension du réel aux décideurs publics, qui retrouvent par ce biais un certain contrôle sur les territoires qu’ils administrent. S’il existe des remparts techniques et juridiques afin que ce ne soit pas les Géants du net (notamment américains) qui s’accaparent les bénéfices des données libérées, le constat semble être qu’il est indéniablement nécessaire de se tourner vers un modèle économique similaire aux plateformes d’intermédiation, afin de conserver la maîtrise de nos données, et nos territoires. Au regard du soft power britannique, qui marque actuellement le lead en matière d’Open data, la France aspire à devenir un modèle de gouvernance ouverte, sous forme de plateforme, et par ce biais imposer sa voix dans le numérique. Ainsi Axelle Lemaire, indiquait le 18 juin 2015, dans l’annonce de la stratégie numérique qu’il était nécessaire d’« aller aussi vers une stratégie de plate-forme coordonnée pour les services publics, avec un portail d’entrée unique vers tous les services [de l’Etat] pour les usagers » (3), même si les annonces semblent encore floues. Si la France ne fait pas partie des grandes puissances du numérique que sont les Etats-Unis, la Chine et les quatre cyberdragons (Corée du Sud, Taïwan, Israël, Singapour)165, pourra-t-elle saisir ces questions d’e-democratie pour prendre une place à part en matière de politique numérique et faire valoir sa voix sur la scène numérique internationale ?

 

(1) 11 mars 2015, entretien avec Pierre Chzranowski, membre d’Open Knowledge Foundation France; consultant à la Banque mondiale sur l’aide au développements des projets Open data dans les pays en voie de développement.

(2) 1er avril 2015, entretien avec Henri Verdier, administrateur Général des données ; directeur de la mission Etalab.

(3) Le Monde, « Le gouvernement présente sa stratégie numérique pour la France », 18 juin 2015.

 

 

Cette cartographie, est une mise à jour d’une carte réalisée pour appuyer mon un travail de recherche effectué en 2015 sous la direction de Frédérick Douzet, Professeure des Universités à l’Institut Français de Géopolitique de l’Université Paris 8, titulaire de la Chaire Castex de cyberstratégie (cyberstrategie.org) et membre du comité de rédaction de la revue Hérodote.

Ce travail est consultable via le lien suivant :

Approche géopolitique de l’Open Data. Les représentations géopolitiques de l’Open data et leurs impacts sur la conquête d’une souveraineté numérique française.

 

 

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